14 novembre 2008

C'Tel

Un TGV passe le 11 fevrier 1992, tu regreteras toute ta vie de l'avoir pris !

Ce sont les premiers mots qu'elle m'a écrit le jour de notre rencontre. C'est elle : C'Tel...

Je remontais sur Paris, après un week-end dans le sud, elle, elle rentrait chez elle près d'Orléans.
A l'époque où les TGV avaient encore ce coté convivial dans leur bar où l'on pouvait fumer et échanger durant les longs trajets, j'y passais mon voyage. Je regardais les gens... J'ai toujours aimé regarder, j'ai toujours aimé les autres. Ceux que l'on ne connait pas encore, ceux qui vous sourient, ceux qui donnent envie de leur parler. Et C'Tel est arrivée dans ce wagon bar, les cheveux rouges qui n'avaient pas rencontré la brosse à cheveux depuis fort longtemps... Un manteau indefinissable (en poil de chameau me dira t'elle plus tard)... Un sac à dos... Et une maladresse qui se lisait dans ses yeux, dans son sourire, et surtout dans ces gestes !

Ce fut un coup de foudre d'amitié !

Elle s'est assise à ma table, renversant mon verre au passage, et ce n'était que le début !!!
Nous avons discuté tout le long du trajet, j'avais l'impression d'avoir en face de moi un être étrange venu d'ailleurs mais extremement attachant ; attachant à tel point qu'arrivées gare de Lyon, nous sommes allées papoter encore un peu au bar du Train Bleu.
Il faisait nuit, il faisait tard et je lui proposais de passer la nuit chez moi, bien sur elle m'a suivie. De retour d'un voyage en solo à pieds en Afrique, Paris chez une inconnue ne lui faisait pas peur. L'Afrique... Elle m'en a parlé longuement avec de la magie dans son regard vert emeraude et des larmes aussi, puisque Kiki, son petit singe qu'elle avait adopté là bas n'a pas pu passer la frontière. Kiki était donc l'un des sujets à ne pas aborder sous peine de peine et j'en ai decouvert tellement d'autres...

Ce premier soir donc, nuit blanche... la première avec elle, mais pas la dernière... Il est impossible de lui couper la parole, il faut attendre qu'elle tombe de sommeil. Son sac de couchage sorti, elle decreta que la moquette du salon était tres bien pour dormir.
Le lendemain matin elle parlait toujours, dès le lever et moi grrrrrr au reveil ! Enfin toujours est il que je ne me souviens ni comment, ni pourquoi, mais elle ne rentra pas à Orléans ; elle investit une toute petite pièce de mon appartement qui devint donc sa 'chambre' qu'elle nomma son 'débaras'...

C'Tel c'était partout, partout des morceaux de C'Tel ; pas une pièce n'était épargnée et toujours au hasard, là où elle se posait se posaient les choses : son sac à main dans les WC, son pyjama sur la table de cuisine, son manteau sous le canapé dont on apercevait quelques poils pour qu'elle se souvienne qu'il était là. Ce qu'elle mangeait avait la même structure : salé et sucré était pour elle le divin du goût et qui devint degout pour les autres, son met favori très simple, sandwich crevettes mayonnaise et confiture de fraises. "T'as pas gouté tu peux pas dire que c'est pas bon"... Vi aussi c'est vrai !

Les perles de C'Tel :

Tellement nombreuses sont elles que je ne sais par laquelle commencer...
Ce qui la faisait pleurer... Kiki bon ça c'est dit mais c'était récurant quand même, un chien dans la rue qui s'appelait Kiki et c'était parti ! Le petit cheval blanc, ne jamais chanter le petit cheval blanc, le pire c'est qu'elle se la chantait toute seule tout comme le petit âne gris et les larmes coulaient, je n'ai jamais vu quelqu'un pleurer autant et quand elle se mouchait seul un élephant pouvait rivaliser de bruit...

Un lendemain de nuit blanche, alors qu'elle portait des lunettes noires et rondes, tres noires et tres rondes...Elle était appuyée pour ne pas tomber pendant que je faisais les courses, à un paneau, un homme est passé et persuadé qu'il s'agissait d'une jeune aveugle SDF a déposé 1 franc à ses pieds, je la reverrais toujours baisser ses lunettes sur le bout de son nez et courir après cet homme pour lui rendre ses 1 franc ; il a eu tellement peur qu'elle n'a jamais pu le rattraper...

Les galeries Lafayette, aie aie aie, mais quelle idée j'ai eu de lui demander de m'y accompagner ?
Un escalator, son sac à main, une des brides qui s'en detache et le tout était joué... A peine arrivée à l'étage que j'entendais des cris :
- Oh mon Toto, mon Toto ! Il est là mon Toto !
Et des larmes... Une dame passant avec un yorkshire dans les bras :
- J'avais le même... Mon Toto, Il est là maintenant mon Toto
La dame éffarée regardant ce qui pouvait effectivement ressembler à une laisse coincée dans l'escalier roulant mais qui n'était qu'une bride de sac à main, les agents de sécurité stoppant l'engin, C'Tel s'écroulant dans les bras de l'un d'entre eux et moi, moi tentant d'expliquer que mon amie a un sens de la plaisanterie bien à elle ! Aie aie aie...

Changement de déco ! La belle idée... Nous entreprenons de refaire le salon ; peinture et moquette. Ah oui j'ai oublié de préciser que C'Tel est artiste peindre, mais j'ai échapé à la fresque. OUF !
Allez on commence, on lave, on ponce, on gratte, on peint et elle cause...
J'entreprends derrière la porte sur l'escabeau en hurlant à C'TEL :
- Attention je suis derrière la porte
En fait ça n'a pas du prendre plus de 30 secondes
- Qu'est ce que t'as dit ?
Porte grande ouverte, escabeau par terre et moi aussi accompagnée par le pot de peinture...
A ce moment précis on sonne à ma porte, elle ouvre
- Grosse connerie, grosse connerie cassé Joe, grosse connerie !
Lance t'elle à un ami qui ahuri par son debit de paroles ne comprend rien à l'histoire, mais flaire le danger pratiquant C'Tel depuis un moment...
Je n'ai rien, mais je n'en reviens pas moi même ! La enième plaie d'Egypte habite chez moi !!!!

Tout ça a duré trois mois, jusqu'à ce qu'elle comme on dit dans le langage courant 'pète un plomb' et dans le langage psy jusqu'à ce qu'elle fasse sa première bouffée délirante !



Posté par evildiane à 20:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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